'après un mois de mon vide.
Je regarde par la fenêtre
et les odeurs ne sont pas les mêmes
figées entre deux fractions
de seconde
et vrai que le café
ne sent plus le désir et l'attente
et l'excitation
ni l'asphalte brûlante
où j'allais mon corps couché
provoquer l'averse
et jamais de beau temps
pour précéder ma trace
la pluie frappe obliquement
et grêle à petits pas
comme une grande
grande fête
pour célébrer l'absente
frappe et danse
une grande fête
pour pleurer la grande absente
les doigts lacés à la plus longue mèche
une grande flamme
rousse et brume et
frêle
qui dégringole
doucement
de ma tête
c'est un automne dur
mes cheveux cascadent
comme des petits cailloux
jetés avant la chute
la ville ne me fait plus frissonner
le froid gèle sur le carreau
jusque sur ma main
entre mes doigts écartés
les insectes qui s'essoufflent
et la ville
ses lumières douces
qui vous coulent dans l'œil
en belles martyres
noyées
qu'on naufrage
le regard en rage
et rien ne vous accroche
pas un lambeau de ciel
rien pour s'effilocher
dans le velours
d'un poing
j'ai passé le pont
la pancarte de Sarrebruck
une lune ronde
et rien pour la percer
des chats mouillés
et des
gens qui s'égouttent
en petites perles de
temps
un parapluie sur une cathédrale
tourne la ronde et les gens
et tous
moins maigres que moi
dociles
les doigts morts
les poches pleines de
vide
les épaules des
inconnus
qu'on a envie de taper
déverser le rire
tout vider
tout
ça et se libérer
de l'entassement des larmes
des dates sans nom
et des jours sans fête
où rien ne gâte
ni la larme ni l'amour
de la grande allée piétonne
sans oiseaux avec de grands
chapeaux
d'œil sans pluie
de moi sans toi
de rien
et rebrousser chemin
remonter ses pas
comme une horloge
qui claudique
claudique
a perdu son heure
tout remonter
jusqu'à la lumière
qui onde sur le canal
comme pour fêter
le retour d'une présence
être là toucher
rire manger
ne plus se sentir l'épaisseur
d'un papier
tout remonter
le canal les inconnus
le pont
la ville sans éclats
la fête sans bruit de côtes
qui grincent
et se fendent de rire
mes cheveux en
feu
l'automne mouillé
ses odeurs
la fenêtre
le vide
la grande histoire de mes cinq vides
à peine un mois que tout me perd'