'cahiers en miettes.
la porte est close
j'entends la véranda verte
qui berce ses oiseaux
il y a un enfant seul
assis dans le vieux fauteuil
l'osier des souvenirs éraflé
aux oublis de l'enfance
sa bougie tremble
on n'entends pas la
respiration des insectes
ni le chuchotis de la nuit
entre ses doigts
est-ce que tu peux l'entendre
son cœur qui vacille
sa flamme qui ne s'éteint pas
les papillons de nuit
se posent tous dans sa main
je n'ose pas ouvrir les yeux
j'entends Schubert
courir dans les escaliers
j'aimerais qu'il se casse
la gueule
pour voir
pour rompre le souffle
je ne sais pas te photographier
quand tu joues à l'absent
et les étés sont intacts
en puzzle dans ma poche
pour quand viendront
les froids d'hiver
où tu me manqueras
comme toujours
j'ai chaud dans ton
pull de soleils
les fils jaunes jaillissent
partout entre mes paumes
tout se brise
sous mes doigts tremblants
mes petites perles de chagrin
le bruit et l'amour
tout se brise
et j'ai peur d'ouvrir les yeux
je revois cette véranda
ta voix qui se pose
comme un papillon de nuit
dans ma main
la porte est close
et derrière
dans le vieux fauteuil
j'entends mes bras
se froisser
sur les chagrins de novembre
est-ce que tu peux l'entendre
je ne suis pas cette autre
l'enfant seul
sa flamme qui vacille
son cœur qui ne s'éteint pas
et dont la nuit comble
les oublis d'errances
je ne suis pas cette autre
est-ce que tu peux le voir
je n'ai plus de feu
au bougeoir du jour
berce moi
je n'ai plus de pull jaune
ni de couleurs ni tes bras
j'ai froid dans mes
habits d'enfance
oui si tu savais
comme il fait nuit
dans cette véranda verte
qui endort les oiseaux
des grandes envolées de Schubert'